Culture en exil : qu'est-ce qui s'est dit ?
Par Gaëlle le mardi 19 février 2008, 16:27 - Saison 2007-2008 - Lien permanent
Quelques pistes de réflexion suivies au cours de cette belle soirée en présence de Kazem Shahryari...
L'homme Kazem Shahryari a créé l'Art Studio Théâtre (120 rue Haxo, Paris 19e) et anime des ateliers de poésie dans les collèges et les lycées. Il s'intéresse aux langues (en parle 7), à l'histoire, à la culture, à l'art... Il est l'auteur de nombreuses pièces de théâtre, de nouvelles, de poèmes...
Son engagement Au cours des ateliers d'écriture, il cherche à transmettre son expérience, à présenter des possibilités insolites aux jeunes pour leur montrer que beaucoup de choses sont possibles si on le décide. « On ne peut pas apprendre à quelqu'un mais on peut apprendre de quelqu'un, on ne peut pas être le maître de quelqu'un mais on peut être le disciple de quelqu'un. »
L'Iran Avant de quitter son pays, Kazem Shahryari est arrêté une vingtaine de fois sur des scènes de théâtre. Il est aujourd'hui condamné à mort en Iran. La littérature iranienne est surtout constituée de poésie et comporte très peu de prose. La poésie est dans le peuple, même les analphabètes connaissent des vers par coeur. Les Iraniens sont imprégnés de la beauté délicieuse et farouche de leur langue. L'Iran ne connaissait pas l'islam, c'était un pays païen qui ne vénérait pas ses religieux. L'emprise de l'islam est le résultat de la stratégie anglo-saxonne de créer une ceinture verte anti-communiste, d'utiliser la religion comme une arme aveugle. Mais cette ceinture verte réclame aujourd'hui un pouvoir indépendant.
L'histoire « On ne peut pas cracher sur ses racines. Je ne suis qu'une branche, des crimes sont enterrés sous les racines de mon arbre. » On porte la responsabilité de son passé. L'oubli du passé présage des tragédies à venir. Si l'on perd un maillon de l'histoire, on laisse à d'autres la possibilité de manipuler cette dernière. Il ne faut pas laisser le mensonge et l'hypocrisie s'installer.
La violence Kazem Shahryari a été brutalisé à l'occasion de ses arrestations. Une expérience qui l'a profondément marqué. Il a alors décidé de ne plus jamais frapper le premier. Et s'est attaché à la nécessité d'isoler la violence, la manipulation, pour les comprendre, les analyser.
Le combat de la poésie La chose la plus importante dans la vie, c'est la liberté, le bonheur et le plaisir d'inventer l'instant suivant, de devenir maître son destin, de pouvoir choisir son avenir. C'est là le coeur de la poésie, de la création. L'acte créatif agit alors comme un médicament. L'engagement de l'artiste, c'est son honnêteté, un effort quotidien. C'est de ne pas se laisser manipuler, de tenter de constituer un contre-pouvoir face à un pouvoir organisé, par exemple à travers la création de comités de vigilance. Mais la création a besoin d'un respect politique pour s'épanouir (dans le sens d'une organisation de la cité). Or ce respect est remis en cause par la fragilisation du statut des intermittents, le retrait de subventions... Comment créer une pièce de théâtre si l'Etat se retire ? L'art devient alors un commerce. On assiste à la mise en route d'une dégénérescence de la culture à travers une politique anticulturelle, qui ne respecte pas les artistes.
Pour finir « Un bon artiste est un exilé capable de se créer un 2e exil en exil. »