Plus de quarante personnes sont venues à l'Orangerie ce soir. C'est un médecin du travail qui échange avec le public.

La souffrance dans le cadre professionnel, on appelle cela les risques psycho-sociaux. Stress, violences, harcèlement, comportements addictifs (tabac, alcool, drogues) traduisent un mal être au travail.

Le stress était considéré il y a quelques temps comme les réactions de l'organisme à une situation vécue. Cette définition biologique a évolué pour devenir un déséquilibre chez un individu. On ne parle plus de "bon" stress depuis un accord européen en 2004.

Les violences sont des agressions physiques ou verbales, ou la banalisation d'une certaine agressivité entre salariés.

Le harcèlement peut être sexuel ou moral, les deux étant répréhensibles sur le plan pénal. Il sont définis comme des agissements répétés visant à détruire une personne.

Les conduites addictives concernent une sur-consommation d'alcool, de médicaments, de drogue ou de tabac.

Il est très difficile de définir les causes et les conséquences de la souffrance. Les médecins du travail vivent une certaine dérive, car tout conflit professionnel est devenu harcèlement. Le terme important qui fait la distinction entre un conflit et un harcèlement est "répétitif".

Dans l'entreprise, les accidents les plus fréquents concernent les chutes. Un trou, un câble qui traîne, et c'est la chute. On distingue bien la cause et l'effet.

Concernant les risques psycho-sociaux, c'est beaucoup plus difficile à établir. On peut déterminer que les causes ont à voir avec la nature des tâches. Les effets seront une souffrance exprimée par le corps, à travers des infarctus, des maladies cardio-vasculaires, des maux de tête ou d'estomac, ... exprimée également par le psychisme avec des angoisses, une irritabilité anormale, des peurs irrationnelles, ...

Trop de facteurs entrent en ligne de compte, il est donc impossible de prévoir quand ces troubles surgiront.

Du côté du salarié, la souffrance est vécue au travers du temps et de l'espace qui se contractent. En effet, les facilités de communication (portable, tâches multiples, sur-sollicitaion) font que tout accélère, on anticipe de moins en moins et les tâches ne sont plus maîtrisées. De plus, on rationnalise en décrivant la "bonne manière" de faire. Mais si les moyens matériels et les technologies permettent cette accélération, le cerveau lui, n'a pas la capacité de s'y adapter.

On assiste également à une explosion des activités de service. On centre tout sur le client, et le salarié est relégué à l'arrière-plan. Le collectif a tendance à disparaître au profit de l'individu qui est évalué en permanence, dans un contexte agressif de compétition.

On travaille bien sûr pour gagner sa vie, mais pas seulement. Les échanges sociaux, la formation, le développement personnel font également partie du travail. Or, l'entreprise fournit de moins en moins ce contexte favorable.

Les risques psycho-sociaux touchent tous les domaines d'activité. Il n'y a pas de métier ou de position hiérarchique qui y échappe. Toutefois, on sait que les populations les plus vulnérables sont les jeunes qui débutent dans l'entreprise, les femmes vers 40 ans et les plus de 50 ans.

En terme de prévention des risques, on distingue :

  • La suppression du risque (difficile)
  • Les outils donnés aux individus pour se protéger
  • La prise en charge des victimes (champ du médical)

La médecine du travail se situe dans le troisième groupe, elle concourt à déculpabiliser le salarié, l'aider, faire appel à des experts en santé mentale. Elle est aussi active dans le second groupe avec un travail pédagogique, et dans le premier en alertant et en évoquant des pistes de prévention. Ce faisant, elle intervient dans le fonctionnement de l'entreprise et dans son organisation, prérogative traditionnelle du chef d'entreprise et non de la médecine...

Trop souvent, les problèmes se révélent trop tard, et la prévention devient inopérante. Les médecins devraient sortir de leur cabinet pour aller en entreprise, sans attendre les rituelles vistes médicales. Il est important que le médecin du travail connaisse l'histoire de l'entreprise, le vécu de ses salariés, etc.

Il existe des indicateurs de mesure : le taux d'accidents du travail, l'absentéisme, le turn-over, les données médicales.

L'intérêt du chef d'entreprise dans le domaine de la prévention est avant tout financier ; la perte de productivité liée au stress, un fort turn-over, les problèmes d'encadrement et de gestion amènent l'entreprise à perdre de l'argent.

Le débat prend fin à 23 heures.