7 juin 2007 : qu'est-ce qui s'est dit ?
Par Philippe le jeudi 7 juin 2007, 22:06 - Saison 2007-2008 - Lien permanent
Le public des Café-débats se renouvelle, nous avons vu de nouvelles têtes ce jeudi.
Le public des Café-débats se renouvelle, nous avons vu de nouvelles têtes ce jeudi. Le sujet est bien sûr en cause, on vient assister si le thème nous concerne... Nous avions invité le docteur Leprêtre, qui travaille à l'Escale, hôpital d'Eaubonne (lieu de soins et de consultation VIH SIDA), Alexia de l'association AIDES, et Anne-Laure, née séropositive et rare témoin à accepter de parler de sa maladie.
Le débat s'est ouvert en évoquant les idées fausses qui continuent de traîner depuis près de 30 ans : SIDA maladie des homos, des drogués, des jeunes. Les drogués sont aujourd'hui touchés à raison de 3 pour 1000, ce sont principalement les hétéros qui sont contaminés, c'est la tranche d'âge 30-39 ans qui compte le plus de victimes, rappelle le docteur Leprêtre.
Puis Anne-Laure parle de son quotidien, d'une voix douce et posée. Elle fait comme tout le monde : elle a sa propre brosse à dent, elle utilise un rasoir mais ne le prête évidemment pas. En revanche, elle serre des mains, elle fait des bisous, elle partage son verre si besoin est. Ce faisant, elle ne contamine personne car le VIH SIDA ne peut se transmettre que par le sang ou contact sexuel entre muqueuses. Calme, sincère et sereine, Anne-Laure nous donne une leçon en évoquant ses amis qui lui ont tourné le dos en apprenant sa maladie, ou ce jour à Solidays, quand les gens sont allés à un autre robinet pour boire, parce qu'elle portait le T-shirt "Je suis séropositif, et alors ?".
Le docteur Leprêtre parle de l'origine de la maladie. Le Sida est né dans les grandes forêts primaires d'Afrique (Sud Cameroun) et a été transmis par les Chimpanzés. La chasse, les guerres, l'urbanisation sont responsables. Le chimpanzé lui n'est pas malade mais il est fort probable qu'il a y plusieurs siècles il l'a été. Depuis son organisme s'est adapté. Le nôtre le sera probablement dans très très longtemps. Ni les drogués, ni les homos ne sont responsables de cette épidémie. Un spectateur se rappelle d'une émission passée à la télé il y a 2ans et qui émettait l'hypothèse d'une erreur de manipulation dans un labo africain travaillant sur des vaccins, comme origine du virus. Cette maladie touche l'intime de l'être humain, c'est la peste de notre époque, comme le cancer. Il est dès lors légitime d'y voir un aspect surnaturel, une punition divine, pourquoi pas ? Mais le prion ou la grippe aviaire sont-ils des doigts de Dieu pointés vers nous ? Il faut là aussi couper court aux rumeurs et admettre une bonne fois pour toutes que le VIH SIDA est une "simple" maladie, résultat d'une série d'évènements malheureux. Historiquement, on a pu déterminer que le premier cas de SIDA avéré date de la fin des années 1950. Ce n'est que 30 ans après que l'épidémie a fait des ravages.
Est évoqué ensuite la question de l'information : elle existe, elle est dispensée dans les écoles-collèges-lycées, mais dans le cadre de cours de science, donc déconnectée du réél, ou par des adultes perçus comme trop loin des jeunes. Les débats efficaces mettent en avant le vécu des intervenants. Pour cela, faut-il encore que des personnes touchées par le virus aient le courage de témoigner. Bien sûr, on est en France comme en Afrique dans une situation où avouer sa séropositivité ferme les portes et les esprits.
Information encore : elle est le plus souvent à destination des jeunes (ce qui est bien) mais la tranche d'âge la plus touchée par l'épidémie est la tranche 30-39 ans. Ceux-là ne se sentent pas la cible de la maladie. On voit par ailleurs de plus en plus de personnes de plus de 50-60 ans touchées par le virus. La société évolue, on se sépare, on divorce, on change de partenaire à tous âges.
Information toujours : même parfaitement informé et militant du préservatif, un ami de Anne-Laure estime inutile de se protéger. Il s'est rendu avec beaucoup de réticence à un test.
Le débat évoque les campagnes de prévention : trop soft, trop subtiles pour un spectateur qui pensent y voir un effet de la pudibonderie judéo-chrétienne. Nos invités y voient plutôt une façon de faire réfléchir le public, alors que les anglo-saxons mettent en avant l'aspect mortel de la maladie. De fait, la prévention est délicate : soit on marque d'une tête de mort les paquets de cigarettes, soit on tente de faire réfléchir. Or, on sait qu'un fumeur ne s'arrête pas aux messages imprimés sur ses paquets de cigarettes...
Dans le même esprit, on évoque les "évènements" mis en scène autour du SIDA : Sidaction, Solidays, TechnoParade, et le spectacle qui est mis en avant pour alerter la société. Si on reste sur un plan purement éthique, il est clair que ces actions sont mercantiles et heurtent les esprits. Nos invités mettent quand même en avant le fait que ce ne sont pas ces campagnes en soi qui sont à critiquer, mais la société qui est désormais organisée de façon à promouvoir une cause en l'habillant de paillettes et de stars.
Alexia nous rappelle les actions de Aides :
1. Soutien aux séropositifs
2. aux personnes atteintes de l'hépatite B ou C
3. Réduction des risques auprès des populations homosexuelles, des prostitués,
de la population carcérale
4. Toxicomanes : échange de seringues
5. Aides s'appuie sur la parole donnée
Cette soirée a été très riche en interventions, en émotion bien sûr et en intelligence une fois de plus. Elle a de plus été agrémentée des chansons de Frédéric Poquet qui a chanté durant la pause. Nous avons eu l'occasion également de distribuer largement une foule de documentation diverses et de préservatifs (masculin et féminin), Alexia proposant au public une démonstration de préservatif féminin. Terminé vers 23h15, le Café s'est prolongé bien au delà de façon informelle, tant le sujet a besoin d'être débattu et approfondi.