Ulysse, débats à Eaubonne

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mardi 19 janvier 2010

4 février 2010 : Bonelli forever

Tarnac, Twin towers, etc.

A propos de Tarnac, selon Bonelli :

Le traitement de cette affaire n’est en rien un dysfonctionnement, mais au contraire l’illustration du fonctionnement ordinaire du dispositif antiterroriste français.

Un système qui, en 1986, voit se mettre en place des forces de police spécialisées, une justice antiterroriste spécifique, qui bénéficient d’une figure juridique inédite : l’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste (l’AMT).

Cette colonne vertébrale se renforcera avec les attentats de 1995, tant et si bien que lorsque surviennent les attentats de New York, l’essentiel du système antiterroriste français est déjà en place. Ce qu’il faut noter, c’est le dilemme permanent de l’antiterrorisme. En effet, contrairement à ce qui se passe en matière de police criminelle où l’on arrête quelqu’un parce qu’il a commis un acte, là, on cherche à arrêter de manière préventive, c’est-à-dire avant le passage à l’acte.

D’où la tension permanente entre le fait de vouloir prévenir un acte et celui d’avoir des preuves, et pas seulement des suspicions. Voilà pourquoi policiers et magistrats antiterroristes sont ravis du système français : alors que partout ailleurs, il y a protection juridique des prévenus tant que n’a pas été prouvée leur culpabilité, en France, la simple suspicion est intégrée dans le système judiciaire grâce à l’AMT qui permet d’incriminer des gens qui n’ont pas encore commis d’actes. C’est l’intention qui est pénalisée.

Source : Comité de soutien

De fait, on a le sentiment que les Tours jumelles ont été le déclencheur d'une politique sécuritaire. Il semble qu'il n'en soit rien. Bien avant les Tours, en France, la politique a imposé une protection... comme qui dirait écrite par George Orwell.

mercredi 25 novembre 2009

3 décembre 2009 : Quelle indépendance pour les médias ?

Cafe_media.jpgJamais l'information n'a été aussi largement partagée et accessible : une bavure policière quelque part ? On en a connaissance dans l'heure qui suit. Une personnalité politique qui dérape ? Le monde entier en est informé aussitôt. Nous vivons donc dans le meilleur des mondes médiatiques possible. Quoique...

De quelle information parlons-nous ? Etre informé, ça veut dire quoi ? Recevoir une avalanche de faits lorsqu'on allume la télé ou qu'on se branche sur le net. Et alors ? On en fait quoi, des émeutes, des séismes, des déraillements en tout genre ? De fait, oui nous sommes informés, rien ne nous échappe. Mais évidemment tout nous échappe. Typique de ce principe "savonnette" : les bandeaux qui défilent en bas de l'écran des chaînes d'info. On tente de comprendre ce qui se passe en haut de l'écran tout en lisant ce qui défile en bas. On en retient quoi ? On analyse quoi ? Où est l'info, puisqu'il y'en a des dizaines qui nous agressent en permanence ?

Voila pour le côté apparent du système. Quid des coulisses ?

Qui possède les médias, télé, journaux, sites web ? Quel propriétaire d'un bien aussi sensible n'aurait pas la tentation d'influencer quelque peu le contenu de ce bien ?

Qui travaille dans les médias ? Les journalistes appartiennent-ils à une classe sociale indépendante, objective et vierge ?

Avec qui travaillent les acteurs de ce monde ? Un investigateur peut-il connaître le milieu qu'il étudie sans s'y intégrer ? Quelle est sa marge de liberté dès lors qu'il côtoie au plus près son sujet ?

Autant de questions qui seront débattues ce jeudi 3 décembre 2009 à l'Orange bleue, 7 rue Jean Mermoz, Eaubonne, dès 20h30.

Nous recevons Aline Paillet, qui connaît bien le monde des médias.

lundi 2 novembre 2009

5 novembre : adoptons la cause des maladies orphelines

Cafe_Nez_Rouge.jpgUne maladie est dite rare si moins d’une personne sur 2 000 en est atteinte, soit en France moins de 30 000 personnes pour une maladie donnée. On dénombre près de 8 000 maladies rares identifiées, dont 80 % sont d’origine génétique. Cinq nouvelles pathologies sont décrites chaque semaine dans le monde. 6 à 8 % de la population mondiale seraient concernés, de près ou de loin, par ces maladies, soit 4 millions de Français, 25 millions d’Européens et 27 millions d’Américains du Nord.

50 % des maladies rares sont graves et invalidantes. Elles sont caractérisées par : -un début précoce dans la vie, deux fois sur trois avant l’âge de 2 ans ; -des douleurs chroniques chez un malade sur cinq ; -la survenue d’un déficit moteur, sensoriel ou intellectuel dans la moitié des cas, à l’origine d’une incapacité réduisant l’autonomie dans un cas sur trois ; -la mise en jeu du pronostic vital dans presque la moitié des cas, les maladies rares expliquant 35 % des décès avant l’âge de 1 an, 10 % entre 1 et 5 ans et 12 % entre 5 et 15 ans.
(source : Wikipédia)

Guy-Charles Dumont est un acteur des « Nez rouges », qui informent sur ces oubliés du marché de la santé.

C'est le 5 novembre à l'Orange bleue, 20h30 comme d'habitude.

Pour en savoir plus :
Le blog de Guy-Charles Dumont
Le site de la FMO (Fédération des Maladies Orphelines)

mardi 6 octobre 2009

Une affiche rouge pour mémoire : qu'est-ce qui s'est dit ?

Ce jeudi 1er octobre, Didier Daeninckx a encore une fois été éblouissant. Il est venu nous parler de son livre "Missak", consacré à l'affaire Manouchian, pour rappel un groupe de FTP-MOI durant la seconde guerre mondiale.

Frédéric Poquet : l'Affiche rougeLa soirée a commencé avec la chanson "L'affiche Rouge", chantée par Frédéric Poquet accompagné par Émilie à la flute traversière.

Daeninckx a eu la chance de découvrir, quasi par hasard les archives privées de la famille Manouchian. Le point de départ est une expo du côté de la gare Montparnasse, consacrée aux arméniens durant la guerre. Là, Daeninckx tombe sur un tableau représentant Missak Manouchian. Sur le cartel qui accompagne le tableau est indiqué le propriétaire qui a prêté le tableau. Daeninckx confie à sa fille le soin de tracer le nom de la propriétaire. Quelques jours plus tard, il a une adresse mail, à laquelle il écrit.

Deux heures plus tard, il a une réponse. Nous nous connaissons, dit cette personne, j'ai assisté à une de vos conférences et nous avons discuté ensemble. Rendez-vous est pris et après quelques rencontres, la propriétaire du tableau révèle à Daeninckx les cartons d'archives qui concernent Manouchian et son entourage.

C'est ainsi qu'on apprend que Manouchian ne se résume pas à un an et demi de combat contre les nazis. L'histoire avec un grand "H" le voit ainsi mais Didier Daeninckx restitue maintenant l'homme épris de poésie, athlète, modèles pour des peintres et des sculpteurs. On est loin du simple immigré arménien qui se lance dans la résistance. Ou alors peut-on dire que ce "simple" immigré qui a bien galéré est "aussi" un poète qui maîtrise parfaitement la langue française. Sportif accompli, Missak Manouchian inspire des artistes et se retrouve sur des tableaux et des sculptures.

Au passage, Didier Daeninckx épingle notre actuel Ministère de l'identité nationale qui est en totale incohérence avec l'histoire de notre pays. Comment évoquer l'identité nationale et ce que cela sous-entend en oubliant les innombrables étrangers (polonais, italiens, espagnols, arméniens, etc.) qui ont participé à la résistance contre le nazisme ? C'est à croire que la France en 2009 n'a rien à voir avec celle des années 1939-1945 ? On est où ?

Missak Manouchian est né en Arménie, il a perdu la majeure partie de sa famille durant le génocide au début du XXe siècle. Il a ensuite été recueilli dans une famille kurde au Liban qui l'a élevé comme un des leurs, alors qu'à l'époque la tendance était de faire des réfugiés arméniens des esclaves.

De proche en proche, Manouchian s'est retrouvé en France, pays qu'il aimait depuis longtemps sans le connaître. Il y a vécu heureux malgré des conditions d'existence difficiles. A Paris, il a bénéficié du soutien de la communauté arménienne, notamment celle de la famille de Charles Aznavour.

Sa conscience politique ne s'est révélée que tardivement, peu de temps avant la guerre. Mais dès lors, il a été communiste, sans toutefois adhérer au pacte germano-soviétique. Il faut savoir qu'à l'époque, le Parti Communiste n'était pas monolithique et que de nombreux militants étaient carrément condamnés à mort parce qu'ils ne suivaient pas à la lettre les consignes du parti.

Parti déchiré, parti instable, le Parti Communiste est de plus interdit, il n'a évidemment pas d'existence officielle durant la guerre.

Didier DaeninckxMissak Manouchian est appelé à participer à la lutte armée, et voila un poète qui devient un assassin. Contre sa volonté, il assassine ceux qui veulent assassiner la poésie. Il sera vendu par un de ses amis et finira lui-même assassiné.

En 1955 on inaugure une rue dans le 20e arrondissement de Paris, c'est l'occasion pour Aragon d'écrire un poème où il regrette que "onze ans, cela passe vite, onze ans".

C'est cette année que Daeninckx choisit pour placer son roman. Un journaliste est chargé d'enquêter par le journal l'Humanité et de fil en aiguille, il découvrira qu'il est un démineur dont la tâche est d'annuler notamment quelques mots effacés par le Parti sur la dernière lettre que Manouchian a écrite.

1955, c'est aussi à Paris une crue exceptionnelle de la Seine. A l'instar de celle-ci, l'eau s'infiltrant partout et rien ne lui résistant, la vérité finit par s'imposer grâce au talent de Didier Daeninckx et à ses sources inédites.

mardi 8 septembre 2009

1er octobre 2009 : Une affiche rouge pour mémoire

L'Affiche rouge est une affiche de propagande officielle placardée en France dans le contexte de la condamnation à mort de 23 membres des Francs-tireurs et partisans - Main-d'œuvre immigrée de la région parisienne, et de l'exécution de 22 d'entre-eux le 21 février 1944.

Le réseau Manouchian était constitué de 23 résistants communistes, dont 20 sont étrangers, des espagnols rescapés de Franco, enfermés dans les camps français des Pyrénées, des Italiens résistant au fascisme, Arméniens, Juifs surtout échappés à la rafle du Vel'd'Hiv' de 1942 et dirigé par un Arménien, Missak Manouchian. Il faisait partie des mouvements de Résistance communiste et était le responsable des FTP MOI de la région parisienne.

Source : Wikipédia

MissakDans ce roman, “Missak”, Didier Daeninckx nous conte l’enquête, évidemment improbable – rappel : c’est un roman - d’un jeune journaliste, Louis Dragère, commis par sa rédaction, celle de "l’Humanité", pour rédiger un papier commémorant les victimes dites de "l’Affiche rouge". Le jeune garçon, journaliste à l’Huma, vingt cinq ans au mitant des années cinquante, n’est qu’un enfant du "Parti des fusillés" et s’attelle, sans vergogne, à taper son article. Il s’agira de rédiger un article préparatoire à l’érection d’un monument dédié aux fusillés du "Groupe Manouchian".

Dans un Paris victime des inondations, dans la distorsion entre sa vie et celle de son aimée, bloquée auprès du lit d’une mère malade,… de rencontres en réflexions, le doute, qui l’envahit, s’impose à sa raison. Il lui faudra s’immerger dans l’histoire des communistes, juifs arméniens qui habitent non loin de chez lui, mais aussi en Arménie soviétique.

Il croisera tour à tour Duclos, Aragon, Aznavour, Roland Filiatre, Henri Krazucki, Charles Tillon, Armène Asssadourian, la sœur de Mélinée, l’épouse de Missak, figure emblématique du martyr de ces militants des FTP-MOI, "seuls" et isolés résistants de la toute première heure..

Louis est notre guide, il nous repose de la violence de l’Histoire qu’il traverse. Sa crédulité aimable mais inquiète, une certaine incompréhension sur laquelle il base son enquête, car enquête il existe, nous autorisent, lecteurs, d’être acteurs de la volonté de l’auteur de renouer des liens avec cette histoire, cette Histoire bafouée mais qui demeure totalement essentielle.

Pascal Polisset