Ce jeudi 1er octobre, Didier Daeninckx a encore une fois été éblouissant. Il
est venu nous parler de son livre "Missak", consacré à l'affaire Manouchian,
pour rappel un groupe de FTP-MOI durant la seconde guerre mondiale.
La soirée a commencé
avec la chanson "L'affiche Rouge", chantée par Frédéric Poquet accompagné par
Émilie à la flute traversière.
Daeninckx a eu la chance de découvrir, quasi par hasard les archives privées
de la famille Manouchian. Le point de départ est une expo du côté de la gare
Montparnasse, consacrée aux arméniens durant la guerre. Là, Daeninckx tombe sur
un tableau représentant Missak Manouchian. Sur le cartel qui accompagne le
tableau est indiqué le propriétaire qui a prêté le tableau. Daeninckx confie à
sa fille le soin de tracer le nom de la propriétaire. Quelques jours plus tard,
il a une adresse mail, à laquelle il écrit.
Deux heures plus tard, il a une réponse. Nous nous connaissons, dit cette
personne, j'ai assisté à une de vos conférences et nous avons discuté ensemble.
Rendez-vous est pris et après quelques rencontres, la propriétaire du tableau
révèle à Daeninckx les cartons d'archives qui concernent Manouchian et son
entourage.
C'est ainsi qu'on apprend que Manouchian ne se résume pas à un an et demi de
combat contre les nazis. L'histoire avec un grand "H" le voit ainsi mais Didier
Daeninckx restitue maintenant l'homme épris de poésie, athlète, modèles pour
des peintres et des sculpteurs. On est loin du simple immigré arménien qui se
lance dans la résistance. Ou alors peut-on dire que ce "simple" immigré qui a
bien galéré est "aussi" un poète qui maîtrise parfaitement la langue française.
Sportif accompli, Missak Manouchian inspire des artistes et se retrouve sur des
tableaux et des sculptures.
Au passage, Didier Daeninckx épingle notre actuel Ministère de l'identité
nationale qui est en totale incohérence avec l'histoire de notre pays. Comment
évoquer l'identité nationale et ce que cela sous-entend en oubliant les
innombrables étrangers (polonais, italiens, espagnols, arméniens, etc.) qui ont
participé à la résistance contre le nazisme ? C'est à croire que la France
en 2009 n'a rien à voir avec celle des années 1939-1945 ? On est
où ?
Missak Manouchian est né en Arménie, il a perdu la majeure partie de sa
famille durant le génocide au début du XXe siècle. Il a ensuite été recueilli
dans une famille kurde au Liban qui l'a élevé comme un des leurs, alors qu'à
l'époque la tendance était de faire des réfugiés arméniens des esclaves.
De proche en proche, Manouchian s'est retrouvé en France, pays qu'il aimait
depuis longtemps sans le connaître. Il y a vécu heureux malgré des conditions
d'existence difficiles. A Paris, il a bénéficié du soutien de la communauté
arménienne, notamment celle de la famille de Charles Aznavour.
Sa conscience politique ne s'est révélée que tardivement, peu de temps avant
la guerre. Mais dès lors, il a été communiste, sans toutefois adhérer au pacte
germano-soviétique. Il faut savoir qu'à l'époque, le Parti Communiste n'était
pas monolithique et que de nombreux militants étaient carrément condamnés à
mort parce qu'ils ne suivaient pas à la lettre les consignes du parti.
Parti déchiré, parti instable, le Parti Communiste est de plus interdit, il
n'a évidemment pas d'existence officielle durant la guerre.
Missak Manouchian est appelé à participer à
la lutte armée, et voila un poète qui devient un assassin. Contre sa volonté,
il assassine ceux qui veulent assassiner la poésie. Il sera vendu par un de ses
amis et finira lui-même assassiné.
En 1955 on inaugure une rue dans le 20e arrondissement de Paris, c'est
l'occasion pour Aragon d'écrire un poème où il regrette que "onze ans, cela
passe vite, onze ans".
C'est cette année que Daeninckx choisit pour placer son roman. Un
journaliste est chargé d'enquêter par le journal l'Humanité et de fil en
aiguille, il découvrira qu'il est un démineur dont la tâche est d'annuler
notamment quelques mots effacés par le Parti sur la dernière lettre que
Manouchian a écrite.
1955, c'est aussi à Paris une crue exceptionnelle de la Seine. A l'instar de
celle-ci, l'eau s'infiltrant partout et rien ne lui résistant, la vérité finit
par s'imposer grâce au talent de Didier Daeninckx et à ses sources
inédites.