Nous étions une cinquantaine ce 7 mai 2009 pour écouter Michel Besson. Ce dernier travaille depuis 22 ans au sein de la coopérative Andines, qui n'est pas une association mais bel et bien une entreprise. Andines fait partie du réseau Minga qui réunit 85 entreprises engagées dans le Commerce Equitable.
Andines est née à Bogota, en Colombie. Aujourd'hui, elle importe des produits du commerce équitable depuis le monde entier vers la France. Par ailleurs, les produits commercialisés par Andines proviennent également de France. Michel Besson rappelle que 30 000 agriculteurs disparaissent en France chaque année, et 120 000 en Europe. De même disparaît le petit commerce au profit des multinationales de la grande distribution, qui occupe 82 % de la distribution en France.
C'est dans ce contexte que Michel Besson place son discours, en commençant par évoquer la manipulation dont nous sommes victimes dès notre plus jeune âge. Il est caractéristique que les notions d'Economie ou d'Echanges économiques ne soient pas présentes dans les programmes scolaires. On ignore donc comment fonctionne la société. En achetant des produits peu chers dans les grandes surfaces, on cautionne les bas salaires des producteurs. En Colombie ou en Equateur, on apprend l'Economie à l'école.
Selon Michel Besson, le Commerce Equitable, c'est mettre de l'équité dans le commerce. Cela ne retire rien aux filières : entre le producteur et le consommateur, il y a des intermédaires qui transforment, qui vendent en gros ou qui transportent. L'équité là dedans, c'est respecter l'autre et traiter d'égal à égal, sans pression. Au passage, Michel Besson s'en prend à l'idée selon laquelle le Commerce Equitable est une forme d'aide aux pauvres. Il ne s'agit pas de faire la charité ou de réduire le monde à une inégalité Nord-Sud. C'est la grande distribution qui a redéfinit la notion de Commerce Equitable en la détournant. En effet, la puissance marketing des grandes surface s'appuie sur un article de loi de 2005 qui stipule que le Commerce Equitable ne concerne que le Sud et les matières premières (excluant ainsi toutes les activités de transformation.
Minga travaille autrement avec 60 pays, dont certains en Europe, selon un cahier des charges très précis. Le premier engagement de ce cahier des charges est de chercher à comprendre la société dans laquelle nous vivons. Le dernier point du cahier des charges concerne la transparence des informations (notamment le décomposition des filières, de façon à contrôler toute l'organisation de ce commerce). Le "Printemps d'une économie équitable" permet aux citoyens de se rencontrer et d'échanger sur la société et la façon de la changer. 11 organisations impliquées dans ces échanges respectueux participent à cette opération.
La grande distribution prétend vendre des produits labellisés. Or, un label c'est l'Etat qui garantie un certain nombre de points. Ce n'est pas le cas dans le Commerce Equitable, il n'existe aucun label.
Même s'il y a beaucoup de commerce international, ce qui est encouragé avec le Commerce Equitable, c'est le commerce local. Les mentalités évoluent, on voit de plus en plus de collectivités locales qui se fournissent chez Andines, nous dit Michel Besson. Le travail de fond commence à payer et les notions de transparence, d'équité semblent se répandre. Dans ces conditions, les consommateurs sont en droit de demander des comptes à la grande distribution sur son organisation.
Sur quelle base calcule-t-on les prix ? Au Burkina Fasso, les femmes qui produisent du beurre de carité ont une référence, c'est le salaire d'un instituteur de brousse. Elles calculent donc leur rémunération en fonction de ça. C'est difficile d'établir une juste rémunération, et en moyenne il faut deux ans d'échanges, de visites de part et d'autres, pour monter une filière.
Les produits vendus par les AMAP, Andines et autres sont plus chers que la moyenne. Tout le monde n'a donc pas les moyens d'en acheter. Cela s'explique par les volumes trop petits. Andines travaille et facture au prix de gros, soit 33 % moins cher que le commerce de détail, car la coopérative s'organise avec des associations, de chômeurs par exemple. Le commerçant de détail achète au prix de gros et doit doubler le prix puis ajouter la TVA pour vivre correctement.

Le
Café-philo aura lieu ce mois-ci dans le cadre d'une série d'ateliers,
conférences et autres réjouissances autour du thème de la petite
enfance.