On
pensait passer un bon moment avec nos amis, nos invités et si possible un peu
de public sur un thème fédérateur. On a bien fait de penser ça, vu le succès de
ce 14 juin. Plus de 100 personnes sont passées par l'Orangerie d'Eaubonne, ont
parlé avec les auteurs, ont participé aux débats, ont écouté Eaubonne Jazz, ont
acheté des livres et ont profité du bar.
Toute parée de noir et de jaune en l'honneur des couleurs de la Série Noire,
la salle a accueilli en début d'après-midi nos auteurs invités. Tranquille,
Didier Daeninckx est arrivé à pied, souriant. Quelques heures plus tard, on a
constaté qu'il a bien aimé le contact simple et direct avec des gens qui
apprécient ce qu'il écrit.
Eric
Halphen a lui aussi utilisé ses pieds pour rejoindre l'Orangerie (ils habitent
tous Eaubonne ?), il s'est tout de suite intégré au dispositif. Professionnel
un jour, professionnel toujours. Nos deux parrains étaient là, avec juste cette
ponctualité digne des princes qu'ils sont.
Nos autres invités n'ont pas été en reste. Toute la troupe s'est pointée
avec suffisamment d'avance pour apprivoiser la salle, s'installer et prendre
ses repères. Notre organisation a fait le reste.
Il restait à savoir si des gens, dans
ce pays, s'intéressent encore au polar. Cela s'est vérifié dans les minutes qui
ont suivi l'ouverture de cette Première Rencontre. Sans se précipiter, les
visiteurs ont commencé à affluer, discutant avec les auteurs, feuilletant les
livres, passant d'un stand à l'autre tels les papillons estivaux qui colorent
la nature de douces teintes variées. En d'autres termes, le bizness a bien
fonctionné.
Un premier débat a eu lieu, animé par notre Président, et réunissant Eric
Halphen et Didier Daeninckx. Le thème : qu'est-ce que le polar ? A
cette question essentielle mais embarrassante, nos intervenants ont répondu que
le polar, c'est la question posée à une société qui a de plus en plus affaire à
la justice. Chacun de nous, en cette époque moderne, connaît la gendarmerie, la
police, le tribunal et tutti quanti pour la simple raison que notre société est
judiciarisée. Ce qui n'était pas le cas il y a encore cent ou cent cinquante
ans.
Pourtant,
Victor Hugo ou Maupassant ont écrit des polars, à leur façon et en une époque
où ce genre n'existait pas. On peut aussi citer Edgar Poe pour ce qui est de la
littérature policière avec une énigme à résoudre.
De nos jours, le polar est teinté de critique sociale, il sert à mettre en
exergue les malfaçons de la société. Agatha Christie est loin, chassée par une
écriture acide et en prise avec son temps.
Le débat a occupé nos invités un bon moment, après quoi ils sont retournés
user leur stylo derrière leur barricade de livres.
Eaubonne Jazz a pris le relais en
occupant la scène de l'Orangerie avec sa musique cool et détendue. Vibraphone,
contrebasse et batterie ont fait planer sur la salle une atmosphère à la David
Lynch, laissant aux bavards le loisir de parler aux auteurs et aux amateurs de
jazz la possibilité d'écouter une musique de bon aloi et de qualité.
Le public a poursuivi sa promenade parmi les auteurs, ravis de discuter en
toute convivialité avec des amateurs et des gens curieux. Pas de bousculade,
pas de pression, pas d'émeute...
Est arrivé le second débat, qui a réuni Marie-Claude Devois, Nicolas
Jaillet, Pierre Cherruau, Jean-Jacques Reboux, Roland Sadaune, et John-Erich
Nielsen. Les auteurs se sont exprimés sur leurs spécificités et leur statut
d'auteurs locaux. Sur ce sujet, on a bien compris qu'ils se sentent à l'étroit
vis-à-vis des médias. Ces derniers façonnent l'image d'un auteur, et il suffit
de dire d'un écrivain qu'il est valdoisien pour le cataloguer à jamais dans un
genre qu'il n'approuve pas forcément.
Cela n'est
pas le cas pour Marie-Claude Devois, qui écrit entre autres pour une maison
d'édition locale et qui, dans ce créneau, travaille sur des thèmes
régionaux.
Les autres intervenants se plaignent des médias et de leurs stéréotypes. Ils
apprécient en revanche des journées comme celle-ci, dans la mesure où ils
peuvent échanger avec un public large et diversifié.
Une spectatrice pose la question du polar américain, qui serait de meilleure
facture que le polar français. Il ressort du débat qui s'installe que le
marketing des grosses maisons d'édition impose des choix, et des auteurs d'une
qualité parfois discutable...
Un aspect du débat porte sur le titre des ouvrages, aspect important du
métier. Entre le fond et la forme, l'auteur-éditeur J.-J. Reboux raconte
comment "Au bout du chemin" est devenu "Camino 999". On sent que les auteurs
tiennent à leur intégrité mais qu'ils sont coincés par la promotion de leurs
ouvrages. Le marketing impose des titres percutants, est-ce une compromission
de l'admettre ?
Le polar, compte tenu d'une présence
féminine plus que minoritaire, est-il un genre de mec ? La question n'est
pas tranchée, Marie-Claude Devois assure qu'elle devine si un texte est écrit
par une femme ou un homme.
Les auteurs masculins participant au débat sont étonnés par cette question,
manifestement ils ne se sont jamais interrogé là dessus. Après quelques
interventions, il ressort que les femmes sont plus crues, directes et vraies
dans leur écriture. Les hommes seraient ... autres.
A 19 heures, les derniers spectateurs quittent l'Orangerie, nous saluons les
auteurs et nous éteignons les lumières...
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