Avec Gilles LEMAIRE, membre du bureau d’Attac France
Au printemps de cette année, le Banque Mondiale (BM) sonne l’alarme. Des
émeutes de la faim déferlent dans plusieurs pays pauvres : Haïti, la Côte
d’Ivoire, l’Egypte, l’Ethiopie, les Philippines, l’Indonésie... Le gouvernement
Haïtien est ainsi renversé.
Pour cela, la BM ne voit qu’une solution : une aide d’urgence de 1
milliard de dollars aux pays du Sud. Et les prévisions sont pessimistes.
Aujourd’hui, avec le crack boursier et les fonds accordés aux établissements
financiers, cette aide n’a toujours pas été versée.
Quelle est l’ampleur de cette crise alimentaire ?
Quelles sont les causes de ce « tsunami » de la
malnutrition ?
Comment peut-on en stopper les effets ?
Quelles sont les alternatives aux pratiques actuelles pour éviter la faim
dans le monde ?
Au débat du printemps, la BM recensait 852 millions de personnes souffrant
de la faim et de carences alimentaires graves. A ce jour, c’est près d’1
milliard de personnes touchées par ce fléau.
Pour 2/3 d’entre eux, il s’agit de paysans.
Les victimes de cette crise vivent dans des pays qui dépendent de l’importation
alimentaire.
Quelques exemples de l’augmentation du prix des denrées
alimentaires :
Le prix du riz a été multiplié par 2 au Sri Lanka et en Côte d’Ivoire et de 17
% en Inde au cours de l’année.
Au Mexique, en février 2008, le prix du maïs est multiplié par 4.
Quelles en sont les raisons :
1.La terre s’appauvrit. L’humus des sols diminue de façon préoccupante. La
terre est donc de moins en moins fertile. Cela est dû à l’industrialisation de
l’agriculture, aux raisons climatiques et à l’utilisation intensive de
pesticides et herbicides.
2.Le réchauffement climatique. Aujourd’hui, plus personne ne peut nier le
réchauffement de la planète dû aux Gaz à Effet de Serre (GES), le dernier
rapport du GIEC par exemple en atteste. Même si les nations tenaient leurs
engagements en matière de réduction de ces GES (diminution de 5,2 % d’ici
2012) , la température augmenterait au moins de 2 à 3 degrés durant ce
siècle, entraînant la montée des eaux et l’inondation de grandes plaines comme
celle du Bangladesh ainsi que la désertification d’autres régions du monde. La
prochaine conférence sur le climat aura lieu en décembre prochain à Postdam en
Pologne. Ce sera l’occasion d’un contre sommet organisé par le mouvement
écologique mais la conférence la plus attendue est celle de 2009 où il sera
question du renouvellement du protocole de Kyoto. Nous verrons alors si les
Etats Unis sont prêts à faire des concessions.
3.La production des agro carburants comme l’éthanol qui viennent en
diminution des surfaces cultivées pour les besoins alimentaires.
4.L’apparition d’une classe moyenne dans les pays dits émergents dont les
habitudes alimentaires évoluent vers une alimentation carnée plus importante,
d’où une demande plus forte. Rappelons qu’il faut 6 à 10 protéines végétales
pour obtenir une protéine animale.
5.La spéculation financière. Suite à la crise de l’immobilier et son
corollaire avec les prêts bonifiés appelés subprimes, les matières premières
sont devenues une valeur refuge pour les investissements boursiers. Par
exemple, les transactions sur les matières premières passées sur la bourse
américaine atteignaient respectivement 13 milliards de dollars en 2003 et 260
milliards en 2008. Ce qui a bien sûr provoqué une augmentation des prix des
matières premières et en particulier des céréales.
6.La constitution de stocks de céréales par certains pays, mais aussi par
des entreprises agroalimentaires notamment en vue de spéculer sur ces
produits.
7.Enfin, la destruction des agricultures vivrières remplacées par une
agriculture vouée à l’exportation : café, cacao... C’est la BM et le FMI
qui ont impulsé cette politique afin que les pays pauvres puissent rembourser
leur dette. Notons que cette dette est déjà largement remboursée du fait des
intérêts payés et que l’aide au développement ne couvre même pas les intérêts
du remboursement de ladite dette. Cette politique est relayée par
l’Organisation Mondiale du Commerce, laquelle prône la suppression des
barrières douanières et la libéralisation des échanges (accords bilatéraux).
Ainsi, les produits (fortement subventionnés) importés d’Europe ou des
Etats-Unis sont moins chers que les productions locales.
Par conséquent, les causes de la crise alimentaire sont structurelles, et
l’ensemble de ces crises (alimentaire, écologique, financière...) sont de plus
imbriquées ensemble.
En juin, il y a eu une baisse des prix agricoles sur les marchés, mais ces
mouvements de yoyo sur les prix ne permettent pas une politique agricole à long
terme. Si les prix à la consommation augmentent, le prix d’achat aux
agriculteurs diminue. C’est le cas en France notamment.
Quelles pistes pour endiguer cette crise ?
Revenir à la souveraineté alimentaire,
Une alimentation proche des populations pour réduire les effets négatifs sur
l’environnement (transports),
Reconquérir des surfaces agricoles pour l’alimentation, et donc mettre un coup
d’arrêt aux agro carburants,
Respecter les sols et revenir aux différentes techniques agricoles favorisant
la biodiversité.
Voici quelques réponses structurelles. Mais elles ne permettent des changements
que sur le long terme.
Dans l’immédiat, il faut :
Stabiliser les cours des produits agricoles et donc interdire les marchés à
terme sur ces produits,
Sortir l’agriculture de l’OMC. Celle-ci ne doit pas être soumise aux règles du
libre échange,
Débarrasser les pays pauvres du poids de la dette (voir les revendications du
CADTM)